Choisir son antifouling et l’appliquer

 

 

coque sale

Le fouling (salissure, encrassement en français) est l’ensemble des végétaux (algues) et des animaux (moules, coquillages) se développant sur les œuvres vives (partie immergée) des bateaux.

Qu’il s’agisse d’un bateau à moteur ou d’un voilier, à partir du moment où les œuvres vives de la coque restent immergées elles sont rapidement envahies par ces organismes. Leur prolifération crée une couche de salissures qui gêne la progression du navire.
Baisse de vitesse et augmentation de la consommation sont alors sensibles en plus du risque de dégradation du matériau, notamment pour les coques en bois et en plastique.

Il est donc important de choisir une peinture anti-salissures dont la qualité est appropriée en fonction du type de bateau et de son utilisation.

D’où l’invention de l’antifouling, une peinture libérant des toxines (biocides) qui limitent le développement de ces organismes.

Attention : Le carénage des navires de toutes tailles est strictement interdit en-dehors des aires spécifiquement aménagées (aires de carénage), car les opérations de carénage laissent s’écouler dans l’environnement des produits classés comme polluants et/ou toxiques.
En cas d’infraction, le contrevenant est passible de 75 000 € d’amende et de 2 ans d’emprisonnement (article L. 216-6 du Code de l’environnement et Loi sur l’eau et les milieux aquatiques).
Dans le choix d’un antifouling, il faut savoir que depuis la directive européenne “biocide” de 2008, il est interdit d’utiliser des antifoulings à base d’étain et de certains produits nocifs comme le TBT (tributylétain), le trioxyde d’arsenic, l’irgarol.

 

Peinture antifouling : à quoi ça sert ?

    Sur une coque de bateau, quel que soit le type de navire ou d’embarcation, on distingue 2 parties principales :

    coque sale

  • les œuvres mortes, qui sont situées au-dessus de la ligne de flottaison ;
  • les œuvres vives, situées sous la ligne de flottaison.

Si pour la peinture des œuvres mortes (non immergées) on peut choisir à peu près n’importe quelle peinture, pour la carène du navire, il faut obligatoirement une peinture anti-salissure ou antifouling pour :

  • éviter la possibilité d’accroche des coquillages qui ont tendance à se fixer sur tous le supports immergés ;
  • limiter la prolifération des végétaux marins, dont les spores colonisent tout objet au contact de l’eau ;
  • lisser la surface de la coque afin de favoriser la pénétration de la carène dans l’eau pour conserver vitesse, manœuvrabilité et rendement de la propulsion ;
  • protéger le matériau de construction de la coque, afin de garantir sa pérennité.

Dans ces buts, la peinture antifouling est une peinture spécifique, qui possède des caractéristiques antifongiques, lissantes et protectrices, grâce à certains composants dont l’usage est réglementé.

 

Bien choisir son antifouling

Chaque peinture anti-salissures possède des caractéristiques précises en fonction des composants de la peinture dans laquelle sont incorporés les produits fongicides.

antifouling

  1. Antifouling à matrice dure
  2. La matrice est le composant de la peinture auquel on ajoute les produits anti-salissures (de l’oxyde de cuivre notamment). Elle ne craint pas l’érosion, même à vitesse élevée (> 25 noeuds) ; seuls ses composants antifongiques disparaissent avec le temps, ce qui fait perdre son efficacité anti-salissure, mais sans aucun indice visuel.
    Ces antifoulings conviennent aussi bien aux bateaux lents qu’aux bateaux rapides et particulièrement recommandés dans les zones à fort courant ou à échouage.

  3. Antifouling érodable ou semi-érodable
  4. La matrice érodable, encore appelée autopolissante, est constituée d’un liant copolymère soluble dans l’eau, en raison de la progression de la coque dans l’eau, la peinture anti-salissures s’use et son épaisseur diminue :

    • La diminution de l’épaisseur de la peinture antifouling entraîne une décoloration qu’il est possible de constater de visu.
    • Un antifouling érodable doit être réservé aux bateaux lents, car l’usure due à la vitesse est faible ; pour un navire plus rapide (mais < 25 nœuds) il vaut mieux choisir un antifouling semi-érodable, dont l'usure est plus lente.
  5. Antifouling pour coque aluminium
  6. L’aluminium réagit mal avec le cuivre qui provoque une importante corrosion. Il faut donc impérativement appliquer un primaire pour deux raisons : améliorer l’accroche de l’antifouling spécial coque aluminium et isoler la coque de l’émanation des antifoulings provenant des bateaux voisins.

  7. Antifouling anti-adhérents
  8. Ce sont des antifoulings dans lesquels on a ajouté aux composants anti-salissures un facilitateur de glisse comme le Téflon ®, ou un produit au silicone. La surface de la coque devenue “hyper-glissante” ne permet pas l’accroche des micro-organismes, en plus du fait qu’elle pénètre plus facilement dans l’eau.

  9. Antifoulings d’hélices et d’embases
  10. Ce sont des antifoulings auto-polissants, érodables, semi-érodables, ou à matrice dure spécifiques aux alliages qui constituent les embases et les hélices des moteurs in-bord et hors-bord.

    Souvent vendus en aérosol ou en pot, ils sont destinés à être pulvérisés sur les hélices et embases, alors que la plupart des antifoulings de coque doivent être appliqués au rouleau.

  11. Antifoulings de sondes
  12. Ils sont destinés à recouvrir les capteurs immergés des lochs et des sondeurs, ces antifoulings ne contiennent pas de composants risquant de perturber le passage des ondes.

     

    Quantité d’antifouling nécessaire

    Pour connaître approximativement la surface à recouvrir d’antifouling, on peut appliquer la formule suivante pour un bateau à moteur :

    longueur à la flottaison x (B + T) x 0.85 (coefficient)
    avec B le maitre bau (largeur max du bateau) et T le tirant d’eau.

    Par exemple pour un Merry fisher 6.95, la longueur à la flottaison est de 5.90 m avec un maitre bau de 2.76 m et un tirant d’eau de 0.75 m. La surface à couvrir est donc de : 5.90 x (2.76 + 0.75) x 0.85 = 17.60 m².

    Le pouvoir couvrant d’un antifouling se situe généralement entre 6 m² et de 10 m² par litre (lire les indications se trouvant sur les pots). S’il est de 10 m² par litres, il faudra dans cet exemple environ 1.76 litres par couches.

    Pour un voilier à quille fine, le coefficient à appliquer est de 0.50, pour un à quille longue ou à bouchain de 0.75.

     

    Comment appliquer l’antifouling ?

    La préparation de la coque avant l’application de l’antifouling est primordiale :

    combinaison a usage unique

    1. La première étape consiste à s’équiper correctement. Il est recommandé de porter une combinaison, des gants en caoutchouc, des lunettes de protection ainsi qu’un masque à solvants. En effet, l’antifouling est très toxique, en particulier les particules émises lors d’une application au pistolet ou pendant la phase de ponçage.
    2. Effectuer ensuite un lavage haute pression à l’eau douce.
    3. nettoyage coque

    4. Inspecter la coque. Si des zones sont endommagées (décollement de l’ancienne peinture, craquelures), les enlever à l’aide d’un grattoir. Ne jamais poncer à sec un ancien antifouling sans un équipement approprié car les poussières sont toxiques.
    5. Combler les irrégularités et défauts de la coque avec du mastic époxy. Son application est facile, il suffit de combler les défauts à l’aide d’une spatule. Ne pas oublier pas de dégraisser la zone à traiter à l’acétone au préalable.
    6. Bien laisser la coque sécher entièrement. Il est conseillé d’effectuer le carénage en deux jours. Le premier est consacré à la sortie de l’eau et au nettoyage. Le second à l’application de la peinture.
    7. Avant peinture : Masquer la ligne de flottaison avec du scotch de masquage et protéger toutes les parties qui ne devront pas être peintes (sondes, anodes, etc.).
    8. Pour éviter tout risque d’incompatibilité, appliquer un primaire si les caractéristiques de l’ancien antifouling sont incertaines ou s’il est du type érodable. Chaque produit a un temps de séchage ou de “surcouchage” différent. Bien lire les étiquettes se trouvant sur les pots de primaires et d’antifoulings.
    9. Bien mélanger l’antifouling puis l’appliquer en respectant l’épaisseur recommandée par le fabricant.
    10. Bien veiller à respecter les temps de séchage en fonction de la température indiquée par le fabricant avant la mise à l’eau.
    11. Il est déconseillé d’effectuer l’antifouling trop tôt avant la mise à l’eau car la peinture au contact de l’air s’oxyde plus vite. Elle perd ses qualités mécaniques (ne pas dépasser 3 mois maximum).

     

    Trucs et astuces

    • Changer de couleur d’antifouling entre deux couches. Cela permet de visualiser l’usure de ce dernier (surtout s’il s’agit d’un antifouling érodable).
    • Forcer sur la dose d’antifouling au niveau de la flottaison. C’est la zone qui se salit le plus car plus exposée à la lumière. Ne pas hésiter à appliquer une couche supplémentaire d’antifouling à cet endroit.
    • Ne pas oublier pas de garder un peu d’antifouling ainsi qu’un pinceau propre. Lors de la remise à l’eau du bateau, il sera ainsi possible de peindre les zones qui étaient hors d’accès (patins du ber, dessous de la quille, etc.).
    • Ne pas se dire que le fait de laisser le bateau au port garantit une coque propre. Au contraire, plus on navigue, moins les organismes s’installent. C’est en restant à quai que la coque se salit le plus.

     


     

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